23/01/2026

Décisions parentales devant le tribunal familial : Ce qu’il faut absolument décider à deux

Le partage de l’autorité parentale est au cœur des décisions concernant l’enfant lorsque ses parents se séparent. Certaines décisions majeures doivent impérativement être prises ensemble par les deux parents, afin d’assurer la protection, la stabilité et le bien-être de l’enfant. Ces décisions relèvent de sujets essentiels et sont encadrées par la loi, qui veille à préserver l’égalité des droits parentaux malgré la séparation. Ainsi, l’éducation, la santé, le choix du domicile, la religion ou encore la sortie du territoire sont autant de points sur lesquels l’accord des deux parents est obligatoire. Une bonne connaissance de ces règles est indispensable pour éviter des conflits préjudiciables à l’enfant et garantir le respect de l’autorité parentale conjointe.

Notion d’autorité parentale conjointe : Que dit la loi ?

L’article 372 du Code civil pose le principe : “L'autorité parentale est exercée en commun par les deux parents, qu'ils soient mariés ou non, séparés ou divorcés.” Ce principe général signifie que, même en cas de séparation ou de divorce, les décisions importantes concernant l’enfant doivent résulter d’un accord commun. Seuls des cas d’extrême gravité (par exemple, retrait de l’autorité parentale) peuvent justifier une exception.En pratique, l’autorité parentale recouvre “un ensemble de droits et de devoirs ayant pour finalité l’intérêt de l’enfant”. Cela inclut aussi bien la protection de sa santé, sa sécurité, sa moralité, que son éducation ou sa gestion patrimoniale.La jurisprudence et la loi distinguent ensuite les actes usuels (de la vie courante – normalement pris par un seul parent) et les actes importants, qui concernent l’identité ou l’avenir de l’enfant et requièrent un accord conjoint.

Décisions qui doivent obligatoirement être prises ensemble

Le Code civil et la pratique des juridictions permettent d’identifier un certain nombre de décisions majeures qui imposent l’accord des deux parents, même si la séparation est conflictuelle.

  • Le choix de la résidence de l’enfant : Changement de domicile important ou déménagement impactant la vie de l’enfant (par exemple, changement de département ou de pays). Le parent qui souhaite déménager doit informer l’autre et obtenir son accord (article 373-2 du Code civil). S’il n’y a pas d’accord, le juge tranche.
  • Inscription, désinscription ou changement d’établissement scolaire : Toute modification de la scolarité, telle que l’inscription dans un nouvel établissement, la désinscription ou l’orientation majeure (collège/lycée, enseignement privé/public, filière particulière).
  • Choix religieux : Le baptême, la préparation à la première communion, la circoncision, ou toute décision engageant durablement l'enfant dans une religion.
  • Voyages et sorties du territoire : Le parent qui souhaite faire voyager l’enfant à l’étranger doit avoir l’accord écrit de l’autre parent si ceux-ci exercent conjointement l’autorité parentale. L’obligation est d’autant plus stricte pour les pays hors de l’Union européenne, où une autorisation de sortie du territoire (AST) est souvent demandée.
  • Décisions médicales importantes : Toute intervention médicale non urgente, traitements lourds, opérations chirurgicales, affaire de vaccination hors calendrier recommandé, choix concernant la santé mentale.
  • Changements de prénom ou de nom : Une telle décision, affectant l’état-civil de l’enfant, se fait forcément à deux.
  • Gestion du patrimoine : Les actes de disposition concernant le patrimoine de l’enfant (vente d’un bien, ouverture ou clôture d’un livret, souscription d’une assurance) requièrent le consentement des deux parents.
  • Déclaration de résidence alternée ou exclusive auprès du juge : La mise en place, la modification ou la cessation officielle d’une résidence alternée nécessite l’accord des deux parents, sauf décision judiciaire contraire.

Pour toutes ces décisions, si l’accord n’est pas trouvé, le recours devant le juge aux affaires familiales est alors la solution pour trancher. Le juge statuera toujours à la lumière de l’intérêt supérieur de l’enfant, notion clé en droit de la famille (article 371-1 du Code civil).

Différence entre actes usuels et actes importants : Pourquoi cela compte ?

Dans la vie quotidienne, de nombreux actes (inscription à une activité sportive ou extrascolaire, courses pour les besoins courants, consultations médicales ne présentant pas de gravité) n’exigent pas l’accord de l’autre parent. On parle alors “d’acte usuel”. En revanche, un “acte non usuel” est celui qui a une conséquence significative et durable sur l’enfant, ou qui touche à son identité et son avenir. Sont ici concernées les opérations citées plus haut. Cette distinction, précisée par la jurisprudence (Cour de cassation, 21 février 2006, n°05-10.163), évite la multiplication des litiges tout en protégeant la place de chaque parent dans les choix fondamentaux.

Le recours à la justice en cas de désaccord

Lorsque les parents ne parviennent pas à se mettre d’accord sur une décision qui relève de l’autorité parentale conjointe, ils peuvent (et souvent doivent) saisir le juge aux affaires familiales (JAF). Celui-ci prend une décision après avoir entendu chacun, et tient toujours compte de l’intérêt de l’enfant.

  • Le juge peut autoriser un parent à agir seul dans l’intérêt avéré de l’enfant, mais cela reste exceptionnel.
  • Le recours à une médiation familiale peut être encouragé avant un passage devant le tribunal, notamment en cas de conflit récurrent ou intense.

Il est important de noter que passer outre cette exigence d’accord commun, sans décision judiciaire, peut être sanctionné : un parent qui agit unilatéralement peut se voir reprocher une faute ou même, dans certaines circonstances, une tentative d’enlèvement parental (articles 227-1 et suivants du Code pénal, source : Légifrance).

Exemples concrets de décisions devant être prises à deux

Pour illustrer ce cadre, voici des situations fréquemment rencontrées devant le tribunal familial, où l’accord des deux parents est nécessaire :

  • Déménagement loin du domicile initial : Un parent souhaite s’installer dans une région éloignée pour des raisons professionnelles. Si l’autre parent s’oppose en jugeant que cela compliquerait considérablement les modalités d’accueil et la vie scolaire de l’enfant, le juge devra être saisi.
  • Traitement médical lourd : Un enfant doit subir une opération chirurgicale planifiée qui n’est pas une urgence vitale. Les deux parents doivent donner leur consentement, sous peine de refus de la part de l’établissement médical.
  • Changement d’école en cours d’année : Le parent chez qui réside l’enfant souhaite le changer d’établissement en septembre. Si l’autre parent n’est pas d’accord, il peut saisir le juge, qui décidera au regard du dossier (éléments scolaires, stabilité, distance).
  • Voyage scolaire à l’étranger : Un voyage proposé par l’école nécessite, pour sortir du territoire, une autorisation des deux parents. En cas de désaccord, le voyage ne pourra se faire, sauf décision judiciaire contraire.
  • Baptême, cérémonie religieuse, changement de confession : En absence d’accord sur l'engagement religieux, le juge doit parfois trancher pour éviter un acte unilatéral contraire à la neutralité imposée par la loi française (source : Jurisclasseur Droit de la famille).

Certaines décisions en pratique : tableau récapitulatif des principaux cas

Pour rendre le panorama encore plus lisible, voici un tableau synthétique des décisions devant impérativement être prises à deux :

Décision Accord des deux parents requis ? Exception possible ?
Changement de résidence de l’enfant Oui Oui, décision du juge si conflit
Intervention médicale lourde Oui Urgence vitale, le parent présent décide
Changement d’établissement scolaire Oui Oui, décision judiciaire en cas de conflit
Inscription à un cours extrascolaire Non (acte usuel)
Voyage à l'étranger Oui Oui, en cas d’urgence ou décision du juge
Traitement psychologique important Oui Jugement possible si désaccord
Changement de nom ou prénom Oui Non, sauf décision judiciaire
Déclaration d’école à la mairie Oui En cas de litige, tranché par le juge

Les limites : Cas exceptionnels et retrait de l’autorité parentale

La loi organise aussi des exceptions à l’autorité parentale conjointe : en cas de danger pour l’enfant (violences physiques ou psychologiques, désintérêt total d’un parent, condamnation pénale), le juge peut retirer totalement ou partiellement l’autorité parentale à un parent (article 378-1 du Code civil), permettant ainsi à l’autre de prendre seul les décisions majeures. Cette mesure, rare, vise à préserver l’enfant et ne peut être prononcée que dans des situations graves et établies par des preuves solides.

Questions fréquentes sur la prise de décision conjointe devant le tribunal familial

  • L’autorité parentale partagée est-elle automatique ?Oui, sauf décision expresse du juge la retirant à l’un des parents.
  • Que faire en cas d’urgence médicale ?Le parent présent prend la décision. Il doit néanmoins informer rapidement l’autre parent.
  • Un parent peut-il s’opposer seul à un changement d’école ou à un voyage ?Oui, mais il doit saisir le juge si le conflit persiste.
  • Comment prouver l’accord de l’autre parent ?Il est vivement recommandé d’obtenir un accord écrit (mail, courrier) pour éviter toute contestation.

Anticiper les désaccords parentaux : Préserver l’équilibre de l’enfant et la sécurité juridique

La nécessité de décider à deux sur les questions majeures n’est pas qu’une formalité : elle permet d’assurer une continuité protectrice pour l’enfant, qui garde ses repères et n’est pas instrumentalisé dans les conflits parentaux. Pour éviter l’instabilité et sécuriser la famille, il est toujours conseillé, en cas de désaccord, d’anticiper les procédures, solliciter une médiation familiale ou, si besoin, de saisir rapidement le juge compétent. À l’heure où la séparation parentale concerne près d’un tiers des enfants en France (source : INSEE, 2020), clarifier la répartition des responsabilités et les conditions de prise de décision conjointe est essentiel pour tous les parents soucieux d’agir dans l’intérêt de leur(s) enfant(s).

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