27/02/2026

La scolarité de l’enfant : obligations et prérogatives sous l’autorité parentale

La scolarité de l’enfant sous autorité parentale implique des responsabilités précisément encadrées par la loi, allant de l’inscription à l’école à la participation aux décisions éducatives majeures. Ces obligations sont partagées entre les parents – qu’ils soient unis, séparés ou divorcés – et concernent :
  • L’obligation d’inscrire l’enfant dans un établissement et de veiller à sa fréquentation scolaire régulière.
  • Le droit et le devoir de choisir le type de scolarisation (publique, privée, instruction à domicile), dans le respect de l’intérêt de l’enfant.
  • La nécessité d’une information réciproque entre l’école et les deux parents, même en cas de conflit ou de séparation.
  • Les mesures à prendre en cas de désaccord, avec la possibilité d’un recours au juge aux affaires familiales.
  • Les implications spécifiques en cas d’autorité parentale exclusive ou partagée.
Ces éléments structurent l’implication juridique des parents dans la vie scolaire de leur enfant et conditionnent l’exercice effectif de l’autorité parentale au quotidien.

Obligation scolaire : un principe fondamental

Depuis 2019, l’instruction est obligatoire pour tous les enfants résidant en France dès l’âge de trois ans et jusqu’à seize ans (article L131-1 du Code de l’éducation). Cette mesure vise à garantir l’égal accès à l’éducation et à prévenir la déscolarisation.

  • Inscription obligatoire : Les détenteurs de l’autorité parentale ont la responsabilité d’inscrire leur enfant dans une école maternelle dès l’âge de trois ans, puis de s’assurer de sa scolarisation continue jusqu’à seize ans.
  • Fréquentation et assiduité : Les parents doivent veiller à l’assiduité scolaire. En cas d’absences non justifiées, l’Éducation nationale peut alerter la mairie et le procureur ; des sanctions allant d’un rappel à la loi jusqu’à des poursuites pénales sont possibles (article R624-7 du Code pénal).

Cette obligation ne s’efface ni en cas de séparation, ni lorsque les parents ne résident pas ensemble : elle demeure une responsabilité partagée ; les deux parents doivent veiller au respect de ce principe.

Décider du cadre de la scolarisation : un choix conjoint

Le choix de l’établissement scolaire fait partie de ce que l’on qualifie de décision importante relevant de l’autorité parentale conjointe (article 372-2 du Code civil). Ce choix ne relève donc pas d’une simple organisation matérielle ou logistique, mais de l’exercice d’un droit et devoir partagé.

  • Établissement public ou privé : Les deux parents doivent donner leur accord pour un changement de type d’école (passage du public au privé, ou inversement).
  • Instruction à domicile : Cette option – parfois choisie pour des raisons de santé, pédagogiques ou philosophiques – exige l’accord des deux parents et une déclaration formelle auprès de la mairie et de l’inspection académique (sources : service-public.fr, Éducation nationale).
  • Désaccord : En cas de désaccord persistant (par exemple, choix d’un établissement religieux, déménagement impliquant un changement d’école), le recours au juge aux affaires familiales (JAF) s’impose. Le juge tranchera selon l’intérêt supérieur de l’enfant, notion centrale du droit de la famille.

Cas pratique : exemple de désaccord parental sur l’école

Prenons l’exemple d’un couple séparé : la mère souhaite une école proche de son domicile, alors que le père insiste pour maintenir l’enfant dans son école actuelle. Si aucune entente n’est trouvée, le JAF décidera, après avoir éventuellement sollicité une enquête sociale ou recueilli l’avis de l’enfant (si ce dernier a le discernement suffisant).

Informer et être informé : droits et obligations vis-à-vis de l’école

Le droit à l’information éducative fait partie du socle des droits parentaux. Une circulaire de l’Éducation nationale (circulaire n°2014-088 du 9 juillet 2014) rappelle que « l’école doit informer chacun des titulaires de l’autorité parentale, quelle que soit la situation familiale ».

  • Livret scolaire, convocations, bulletins : L’école doit systématiquement transmettre toutes les informations essentielles à chaque parent, sauf décision judiciaire contraire explicite.
  • Participation aux réunions : Les deux parents ont le droit d’assister aux réunions parents-professeurs et de participer aux décisions concernant le parcours scolaire de l’enfant (orientations, redoublements, projets pédagogiques…).
  • Situation particulière : Si l’un des parents est privé de l’exercice de l’autorité parentale par décision de justice, il conserve généralement un « droit de surveillance », c’est-à-dire un droit minimal d’être informé des grandes étapes du parcours scolaire de l’enfant (Code civil, art. 376-1).

L’école, actrice de la neutralité

Régulièrement confrontées à des situations familiales conflictuelles, les équipes scolaires sont tenues à une stricte neutralité. Elles ne doivent favoriser aucun parent et ne peuvent refuser une information ou l’accès à l’établissement à un parent détenteur de l’autorité parentale, sauf en cas de mesures judiciaires explicites (exemple : ordonnance de protection ou interdiction d’entrer en contact).

En pratique, il est recommandé aux parents séparés d’indiquer clairement, lors de l’inscription, les coordonnées des deux responsables légaux pour faciliter la communication.

Cas de l’autorité parentale exclusive : quelles conséquences pour la scolarité ?

L’autorité parentale est le plus souvent partagée ; elle n’est exercée exclusivement que dans des cas limités (ex : situation de danger, violence, désintérêt manifeste, etc., article 378-1 du Code civil). Ce contexte modifie l’équilibre des responsabilités en matière scolaire.

  • Parent unique décisionnaire : Le parent détenteur de l’autorité parentale peut prendre seul l’ensemble des décisions relatives à la scolarité ; l’école ne doit alors informer que ce parent, sauf décision contraire du juge.
  • Droits de l’autre parent : Le parent privé de l’exercice conserve le droit (sauf mention explicite du jugement) de surveiller l’éducation de l’enfant, et peut donc s’informer auprès de l’établissement sur le parcours scolaire.

Toutefois, dès lors qu’une mesure retire totalement l’autorité parentale (cas très rares et graves), ce parent perd tout droit de décision ou d’information, en dehors d’un éventuel droit de visite ou de correspondance.

Absences, déménagements et décisions urgentes : comment gérer ?

La vie scolaire implique aussi des questions plus ponctuelles : voyages scolaires, sorties, absences prolongées ou déménagements (changement d’académie).

  • Papiers à fournir : La plupart des démarches (inscription à la cantine, autorisation de sortie, etc.) exigent la signature des deux parents.
  • Déménagement : Si le changement d’école est la conséquence d’un déménagement de l’un des parents, ce choix doit également être acté conjointement, sauf décision judiciaire spécifique.
  • Urgence médicale ou éducative : Un parent isolé avec l’enfant peut parer à une urgence mais doit rapidement informer l’autre parent et, si besoin, solliciter l’autorisation judiciaire a posteriori en cas de désaccord ou de contestation.

À noter : la volonté de déménager avec l’enfant pour l’inscrire ailleurs peut nécessiter l’accord du JAF, surtout si cela impacte de façon notable les droits de visite ou d’hébergement de l’autre parent.

Conséquences du non-respect des obligations scolaires : sanctions et recours

Le défaut d’inscription, l’absentéisme répété ou le manque de collaboration entre parents peuvent avoir des répercussions civiles, voire pénales :

  • Défaut d’inscription ou d’instruction : Cette infraction est punie d’une amende (jusqu’à 1 500 €) et peut entraîner l’intervention du juge des enfants ou du procureur (Code de l’éducation, art. L131-10).
  • Conflits parentaux non gérés : Un désaccord persistant peut conduire le juge à reconsidérer les modalités de l’autorité parentale ou à attribuer l’exercice exclusif à l’un des parents, toujours dans l’intérêt de l’enfant.
  • Signalement à la protection de l’enfance : Si la scolarisation n’est pas assurée, les services sociaux peuvent être saisis, ouvrant la voie à une mesure de protection au titre de l’article 375 du Code civil.

De plus, l’école a désormais l’obligation de signaler toute situation préoccupante, ce qui renforce la vigilance autour de l’assiduité et de la sécurité de l’enfant.

Le rôle pivot du juge aux affaires familiales

En cas de conflit insurmontable entre parents (choix d’établissement, désaccord sur l’orientation), le recours au juge aux affaires familiales est la voie de résolution prévue par la loi. Le juge écoute chaque partie et s'intéresse à l’avis de l’enfant, pondéré selon son âge et sa capacité de discernement (article 388-1 du Code civil).

La jurisprudence insiste sur l’examen de l’intérêt supérieur de l’enfant, qui prime sur toute volonté parentale : stabilité éducative, liens familiaux, accessibilité de l’établissement, spécificités éventuelles (troubles de l’apprentissage, projet scolaire particulier, etc.) sont pris en compte (exemple de décision : CA Paris, 3e ch., 30 juin 2021).

Anticiper, dialoguer et sécuriser le parcours scolaire

Face à la diversité des situations familiales, garantir une scolarité stable et épanouissante à l’enfant repose avant tout sur l’anticipation et le dialogue entre parents, dans le respect du cadre légal. Les institutions (école, rectorat, juge) sont là pour accompagner, informer et, si les circonstances l’exigent, trancher dans l’unique intérêt de l’enfant.

Mieux connaître ses responsabilités et ses droits permet d’éviter la plupart des conflits et de donner à l’enfant la stabilité éducative indispensable à son développement – un principe fondamental rappelé par toutes les instances du droit de la famille.

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